Les Premières Cathédrales

Mgr Jean-Jacques Lartigue fut nommé premier évêque auxiliaire de l'évêque de Québec à Montréal par le pape Pie VII , le 1er février 1820. L'ordination épiscopale eut lieu un an plus tard, le 21 janvier 1821, en l'église Notre-Dame de Montréal, sous la présidence de l'évêque de Québec, Mgr Joseph-Octave Plessis. L'église Notre-Dame aurait pu demeurer première cathédrale de Montréal, mais elle ne garda ce titre que quelques jours, puisque l'évêque fut contraint de déménager. En effet, les prêtres de Saint-Sulpice, estimant avoir des droits historiques sur l'île de Montréal, n'étaient pas disposés à céder leur église à l'évêque. Mgr Lartigue reçut cependant un accueil favorable des Sœurs Hospitalières de Saint-Joseph, et c'est ainsi que la chapelle de l'Hôtel-Dieu, située à l'angle des rues Saint-Paul et Saint-Joseph (devenue rue Saint-Sulpice), fut deuxième cathédrale pendant trois ans.

Au mois de septembre 1822, un groupe de laïcs demanda à Mgr Lartigue l'autorisation de construire un évêché et une église cathédrale plus dignes de sa fonction. Mgr Lartigue fit droit à leur requête. Le site des nouveaux édifices se trouvait dans le faubourg Saint-Louis, au coin de la rue Saint-Denis, entre les rues Sainte-Catherine et Mignonne (aujourd'hui de Maisonneuve). Le 18 septembre 1825, Mgr Lartigue bénit la troisième cathédrale et y célébra la messe. Quelques jours plus tard, soit le 22 septembre, eut lieu la consécration de la cathédrale sous le vocable de Saint-Jacques le Majeur. L'église Saint-Jacques n'allait devenir officiellement cathédrale que le jour de la reconnaissance du diocèse par Rome, soit le 13 mars 1836. Montréal avait jusqu'alors appartenu à l'immense diocèse de Québec. Après seize années de pourparlers entrecoupés de luttes et de réconciliations, Mgr Lartigue avait finalement obtenu la création du nouveau diocèse de Montréal. Il mourut quatre ans plus tard, le 19 avril 1840. C'est donc à son successeur, Mgr Ignace Bourget, qu'il revint de poursuivre son œuvre.

L'Incendie de l'été 1852

Le 9 juillet 1852, le plus désastreux incendie de l'histoire de Montréal rasa la cathédrale et l'evêché, dont la construction n'était pas encore achevée. Mille deux cents autres bâtiments furent également détruits, jetant à la rue plus de 9,000 personnes, soit près de quinze pour cent de la population de Montréal, à l'époque.

Mgr Bourget dut se retirer à l'Hospice Saint-Joseph, refuge fondé par les Sœurs de la Providence pour les pêtres pauvres ou malades. La chapelle de l'Asile de la Providence devint ainsi, provisoirement, quatrième cathédrale de Montréal.

Il fallait rapidement reconstruire l'église. Il eut paru évident de rebâtir sur les ruines, mais Mgr Bourget pressentit que le centre de la ville allait se déplacer vers l'ouest. En effet, le Grand-Tronc, seul chemin de fer qui reliait Montréal au reste de la province, établissait sa gare Bonaventure dans le quartier Saint-Antoine. Les habitants du faubourg Saint-Louis, qui l'entendaient autrement, multiplièrent les démarches pour que la Cathédrale soit reconstruite sur le site primitif.

Mgr Bourget autorisa la reconstruction, sur les lieux de l'incendie, d'une église paroissiale (Saint-Jacques) et la confia aux Sulpiciens. Or dès le début de l'été 1854, la corporation épiscopale se porta acquéreur du terrain sur lequel s'élèvent aujourd'hui la Cathédrale et la résidence de l'Archevêché, qui était alors l'emplacement du Cimetière catholique de Montréal, que l'on se préparait à déménager sur le versant ouest du mont Royal (actuel Cimetière de la Côte-des-Neiges). On y construisit temporairement une chapelle de forme rectangulaire, basse et mal éclairée, mais qui servit de cinquième cathédrale pendant quarante ans.

Le rêve d'une Cathédrale grandiose

La situation économique n'était guère favorable à l'édification d'une cathédrale imposante.

«Nous sommes pauvres comme des rats de granges», écrivit un jour Mgr Joseph Larocque, coadjuteur et administrateur du diocèse.

De passage en France au cours de l'été 1855, Mgr Bourget sollicita des aumônes, sans grand succès. L'année suivante, à la faveur d'un séjour à Rome, Mgr Bourget décida de faire de sa future cathédrale une réplique réduite de la basilique Saint-Pierre-de-Rome. L'idée vint de son secrétaire, le chanoine Joseph-Octave Paré. Ce choix scellerait l'attachement et la vénération que Mgr Bourget portait au pape et au siège de Pierre.

À Montréal, ce projet fut accueilli avec enthousiasme, ce qui créa un climat favorable à une campagne de souscription. Cette fois, les résultats furent plus encourageants.

En 1857, l'architecte Victor Bourgeau (qui allait réaliser, par la suite, l'intérieur de l'actuelle basilique Notre-Dame) se rendit à Rome, à la demande de Mgr Bourget, pour y examiner la basilique Saint-Pierre. Il en revint avec des plans très réduits et une ferme opposition à ce projet, jugeant que la basilique du Vatican ne pouvait être copiée ni réduite et que la rigueur des hivers canadiens ne favorisait pas la construction d'un tel édifice à Montréal.

Onze ans plus tard, on discutait toujours quand Mgr Bourget décida de s'adresser au père Joseph Michaud, clerc de Saint-Viateur. Celui-ci, architecte autodidacte, avait réalisé les plans d'une cinquantaine d'églises et d'autres édifices importants, au Canada et aux États-Unis. Le père Michaud partit donc pour Rome le 16 mai 1868, à titre d'aumônier du deuxième contingent de zouaves pontificaux de Montréal. Le but secret de son voyage était cependant d'étudier la basilique Saint-Pierre et d'en tracer des plans. Au retour, le père Michaud s'embarqua au Havre, mais son bateau fit naufrage. L'infortuné prêtre-architecte passa deux jours dans les eaux glaciales de janvier 1869. Il se rembarqua le 7 mai et arriva à Joliette le 3 juin. Tout en poursuivant son travail comme enseignant, il construisit une imposante maquette de la future Cathédrale. Transportée à Montréal par train et par bateau, la maquette de quinze pieds de longueur fit décider de la construction de la Cathédrale. C'est d'ailleurs cette maquette que les ouvriers utilisèrent comme guide, de préférence aux plans.

Le père Michaud ne fut pas toujours considéré comme l'architecte de la Cathédrale. Pendant plusieurs décennies, on a attribué à Victor Bourgeau, qui avait tracé et signé les plans, et à son collaborateur Alcibiade Leprohon, la construction de la Cathédrale. Il faut cependant reconnaître que sans Joseph Michaud, la Cathédrale n'aurait probablement pas été construite. Il est donc plus juste d'affirmer que le père Michaud a travaillé de concert avec Messieurs Bourgeau et Leprohon. C'est grâce à M. Bourgeau, en particulier, que les obstacles inhérents à la construction du grand dôme ont pu être surmontés. À la mort de Victor Bourgeau, en 1888, alors que toute la maçonnerie était achevée, la majeure partie des travaux fut confiée au père Michaud.

La construction et las difficultés surmontées

La construction de la Cathédrale connut deux grandes étapes: de 1870 à 1878 et de 1885 à 1894.

À l'origine, l'église devait faire face à la rue de La Gauchetière et à la cité existante, mais la Ville refusa le zonage du terrain d'en face à titre de «parc public». Refus qui eut d'heureuses répercussions, puisque il est avantageux que la Cathédrale ouvre sur le boulevard René-Lévesque, grande artère du centre-ville.

La première pierre fut posée le 28 août 1870. Les travaux, qui se trouvaient interrompus chaque fois que l'on manquait de fonds, progressèrent très lentement. En 1878, l'édifice n'était pas encore couvert, et les quatre piliers attendaient le dôme. Deux événements marquèrent cette première période: la crise financière de 1875-1876 (qui entraîna l'arrêt des travaux deux ans plus tard); et la démission, le 11 mai 1876, de Mgr Ignace Bourget, qui fut immédiatement remplacé par son coadjuteur, Mgr Édouard-Charles Fabre.

L'arrêt des travaux dura sept ans au cours desquels Mgr Bourget se fit «quêteur» pour aider son successeur à résoudre les difficultés financières du diocèse. En dépit d'un grand âge et d'une santé précaire, Mgr Bourget visita quelque 150 paroisses. Cinq jours après sa mort, le 8 juin 1885, sa dépouille mortelle fut déposée dans un caveau de la Cathédrale inachevée. On y transporta les restes de Mgr Lartigue, exhumés de l'église Notre-Dame-de-la-Pitié.

La Cathédrale abritant le tombeau des évêques, il fallait en hâter l'achèvement, car la neige et le gel s'accumulaient, l'hiver, entre les murailles. Les travaux se poursuivirent pendant six ans, en grande partie grâce au dévouement du procureur de l'oeuvre de la Cathédrale, M. le chanoine Racicot, ainsi que des recettes du grand bazar de 1886: 27,000$.

Le dôme fut achevé en 1886. Au mois d'août de la même année, la haute croix de dix-huit pieds de hauteur, en fer forgé, pesant 1,600 livres, fut fixée à son sommet. (Elle fut remplacée, en 1958, par une croix en aluminium de vingt pieds de hauteur.)

Mgr Fabre inaugura la Cathédrale le jour de Pâques, soit le 25 mars 1894, 42 ans après l'incendie de l'ancienne Cathédrale. À Montréal, c'était le premier édifice à avoir coûté plus d'un million de dollars. Il dominait alors toutes les autres constructions. Les Montréalais étaient fiers de posséder, en Amérique, la seule réplique de la Basilique Saint-Pierre-de-Rome.

Les travaux n'étaient pas achevés pour autant. En effet, l'exécution des statues de la façade se poursuivit jusqu'en 1900, année où l'on procéda à l'installation du baldaquin.

Le 30 avril 1904, Mgr Paul Bruchési décréta l'établissement d'une paroisse-cathédrale qui inclurait des portions de territoire des paroisses Notre-Dame et Saint-Joseph.

En 1919, le pape Benoît XV, à la demande de Mgr Bruchési, conféra le titre de Basilique mineure à la Cathédrale Saint-Jacques-le-Majeur. En 1933, la splendide chapelle mortuaire des évêques fut inaugurée par Mgr Georges Gauthier, cinquième évêque et troisième archevêque de Montréal.

Enfin, la Cathédrale subit une importante transformation entre 1955 et 1960. Le cardinal Paul-Émile Léger avait organisé, à cette fin, une opération de levée de fonds. C'est également à la demande du cardinal Léger que le pape Pie XII conféra à la Basilique le nouveau vocable de Marie-Reine-du-Monde.

Le 20 août 1951, Mgr Giovanni-Battista Montini, futur pape Paul VI, visita la Cathédrale. Le 31 août 1969, y entra le cardinal Karol Wojtyla, futur pape Jean-Paul II. On ne savait pas, alors, que le 10 septembre 1984, il reviendrait en cette même Cathédrale et serait le premier pape à visiter le Canada.

Les curés de la Cathédrale

À partir de 1904, année où la Cathédrale fut constituée en paroisse, Mgr Georges Gauthier y fut premier curé jusqu'en 1917, avant de devenir archevêque du diocèse. Le chanoine Adélard Arbour lui succéda et fut curé pendant 36 ans, soit de 1917 à 1953. Le chanoine Victor Savaria assuma ensuite cette responsabilité pendant une courte période, soit de février à décembre 1953. Mgr Louis Aucoin fut ensuite curé de 1953 à 1965, à l'époque du cardinal Léger.

Peu de temps après avoir été élu et ordonné évêque auxiliaire du diocèse, Mgr André-Marie Cimichella fut curé de la Cathédrale pendant 25 ans, soit de 1965 à 1990. Ayant auparavant été religieux de l'Ordre des Servites de Marie, son travail pastoral se caractérisa par un intérêt marqué pour la vie des saints, et par une grande dévotion à la Vierge Marie. Il a pour devise "Annoncer les richesses du Christ". Décédé en juillet 2004, il repose dans la chapelle des évêques.

De septembre 1990 à janvier 2003, Mgr Pierre Saint-Cyr est curé de la Cathédrale. Auparavant, il s'est dévoué pendant 22 ans à titre de secrétaire du cardinal Paul Grégoire. Avec lui, la Cathédrale aura connu alors le commencement de grand travaux de restauration, nommément tous les travaux d'électricité et d'éclairage, le système de gicleurs, le narthex, la Chapelle de l'Assomption, le parvis de la Cathédrale et le monument à Mgr Bourget.

De janvier 2003 à septembre 2004, Mgr Louis Dicaire, évêque auxiliaire au diocèse de Montréal, est curé de la Cathédrale. Né le 29 août 1946 à Montréal, il a été ordonné prêtre le 20 janvier 1974, puis évêque auxiliaire à Montréal, en 1999 par Son Éminence M. le cardinal Jean-Claude Turcotte. Il a pour devise " Avance au large ". Il est actuellement évêque auxiliaire à Saint-Jean-Longueuil.

Mgr Jean-Jacques Martin, l'actuel curé, est né le 26 juin 1942 à Montréal. Après des études classiques au Collège Grasset et théologiques au Grand Séminaire de Montréal, il est ordonné prêtre le 6 mai 1967.Son activité pastorale a débuté à la Chancellerie diocésaine. Vicaire ensuite à Saint-Thomas-Apôtre et à Saint-Enfant-Jésus de Montréal, il devint, en 1976, aumônier d’une école secondaire. Il a fait aussi des études spécialisées en psycho-pédagogie et en relations industrielles. Il sera conseiller en éducation chrétienne à la Commission des Écoles Catholiques de Montréal, de 1982 à 1990, puis vicaire épiscopal à la région ouest du diocèse de Montréal de 1990 à 2003. Il est membre de la famille pontificale en 1991 avec le titre honorifique de Chapelain de Sa Sainteté. Il est un homme disponible, soucieux du travail bien fait.

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